Marché de l'emploi au Québec : février 2026 en chiffres
Le chiffre a fait sursauter les économistes. En février 2026, le Québec a enregistré une perte nette de 57 300 emplois. C'est le recul mensuel le plus important depuis 1976, si on exclut les mois de confinement pandémique de 2020-2021.
Pour mettre ça en perspective, ces 57 300 emplois effacent la totalité des gains accumulés au cours des 14 mois précédents. Un an et deux mois de progrès, disparus en quatre semaines.
Les données proviennent de l'Enquête sur la population active de Statistique Canada, publiée le 13 mars 2026.
Les chiffres clés pour le Québec
Le taux de chômage québécois est passé de 5,2 % à 5,9 % en février. C'est 33 600 personnes de plus qui se retrouvent sans emploi. Le taux reste sous la moyenne canadienne de 6,7 %, ce qui place le Québec au troisième rang des provinces avec le chômage le plus bas, derrière la Saskatchewan (5,6 %) et le Manitoba (5,7 %).
Mais le classement relatif masque la gravité du mouvement. Le Québec représente à lui seul plus des deux tiers des pertes d'emploi canadiennes en février (57 300 sur 84 000 au pays). C'est inhabituel. Jimmy Jean, économiste en chef chez Desjardins, le souligne : « C'est rare que le Québec compte pour autant de pertes d'emplois dans le total canadien. »
L'emploi a reculé autant à temps plein qu'à temps partiel. Les pertes viennent presque entièrement du secteur privé, qui a perdu plus de 53 000 postes. Le secteur public, lui, a ajouté 600 emplois. Les travailleurs autonomes n'ont pas été épargnés non plus, avec 4 800 pertes en février et un total de 14 400 depuis le début de l'année.
Ce qui inquiète le plus
Ce n'est pas un secteur qui flanche. C'est l'économie au complet qui ralentit.
Les reculs sont répartis à travers presque toutes les industries. Ça veut dire que les faiblesses apparues dans certains secteurs en 2025 se propagent maintenant à l'ensemble du marché. C'est le type de signal qu'on observe habituellement en période de récession.
L'équipe de recherche de Desjardins résume la situation sans détour : « Il n'y a pas à dire, ce rapport surprend fortement à la baisse, et ce, sur l'ensemble de ses composantes. » Jimmy Jean ajoute : « C'est la plus forte baisse au Québec depuis 1976 hors pandémie et ça nous laisse très perplexes. C'est à travers tous les secteurs, c'est le genre de rapport qu'on voit en période de récession d'habitude. »
Géographiquement, les taux de chômage ont augmenté dans presque toutes les régions du Québec. La région de Montréal est la plus touchée. Seules la Capitale-Nationale, l'Outaouais, l'Abitibi-Témiscamingue et la Gaspésie ont été épargnées.
Les jeunes encaissent le plus
Les travailleurs de 15 à 24 ans sont frappés de plein fouet. Leur taux de chômage au Québec atteint 10,4 % en février. À l'échelle nationale, il grimpe à 14,1 %, en hausse de 1,3 point.
Derrière les chiffres, il y a des situations concrètes. Feras Saal, 20 ans, cherche du travail depuis des mois : « J'ai envoyé des CV. Chaque jour, j'allais voir des magasins. Je m'éloignais de chez moi dans ma recherche. C'était dur. » Alice Désilets, 18 ans, observe la même chose autour d'elle : « Mes amis cherchent des emplois depuis des mois et ne reçoivent même pas de réponses. » (Témoignages rapportés par TVA Nouvelles.)
Ceux qui entrent sur le marché du travail en ce moment vivent la version la plus difficile de la recherche d'emploi. Et pour les jeunes sans diplôme ou sans formation spécialisée, le marché se referme encore plus vite.
Le marché exige plus de qualifications
Les données de Statistique Canada sur les postes vacants confirment une tendance de fond qui aggrave la situation des travailleurs peu qualifiés.
En 2022, le Canada comptait en moyenne 942 600 postes vacants. Au deuxième trimestre de 2025, ce nombre avait chuté de 47 % pour atteindre 545 900. Ce qui est révélateur, c'est que les postes exigeant un diplôme d'études secondaires ou moins ont absorbé l'essentiel de cette baisse. Leur nombre a diminué de 54,7 %, soit 347 900 postes.
Les secteurs où ces emplois « à faible barrière d'entrée » ont le plus reculé sont l'hébergement et la restauration (-90 400 postes), le commerce de détail (-56 800) et la fabrication (-37 500).
En parallèle, les employeurs relèvent leurs exigences. En fabrication, la proportion de postes exigeant un diplôme secondaire ou moins est passée de 67,5 % à 57,1 %. En construction, de 66,3 % à 61,3 %. En soins de santé, la part des postes exigeant un baccalauréat est passée de 18,1 % à 22,8 %.
Le message est clair. Le marché du travail se transforme structurellement. Les postes qui restent vacants demandent plus de compétences qu'il y a trois ans.
Ce qui recrute encore
Tout n'est pas au rouge. Quatre secteurs ont affiché des gains en février, totalisant 7 300 emplois :
- Fabrication
- Transport et entreposage
- Services professionnels, scientifiques et techniques
- Administrations publiques
Ce n'est pas anodin. Les services professionnels et la fabrication font partie des secteurs où les employeurs cherchent de la main-d'œuvre qualifiée. Pour les chercheurs d'emploi qui possèdent des compétences techniques ou une formation spécialisée, ces secteurs représentent de vraies occasions.
Du côté des salaires, il y a au moins une bonne nouvelle. Le salaire horaire moyen au Canada se situe à 37,56 $, en hausse de 3,9 % sur un an. Les augmentations salariales continuent de dépasser l'inflation, ce qui signifie que les travailleurs en poste voient leur pouvoir d'achat s'améliorer.
Ce que ça change pour les chercheurs d'emploi
Un marché plus serré ne veut pas dire un marché fermé. Mais ça veut dire qu'une recherche passive (envoyer des CV et attendre) ne suffit plus. Voici ce qui fait la différence dans un marché comme celui-ci.
Cibler les secteurs en croissance. Le transport, la fabrication et les services professionnels recrutent encore. Les administrations publiques aussi. Ajustez vos recherches en conséquence.
Investir dans la formation. Le virage structurel vers des emplois plus qualifiés n'est pas temporaire. Que ce soit un DEP, un AEC ou une certification technique, chaque qualification supplémentaire ouvre des portes. Les programmes de formation de la main-d'œuvre financés par le gouvernement du Québec sont là pour ça.
Ne pas attendre le rappel. 33 600 personnes de plus cherchent une job au Québec depuis février. La compétition est réelle. Relancer, élargir sa zone géographique, adapter son CV à chaque poste, ça prend du temps, mais c'est ce qui fonctionne.
Surveiller les occasions locales. Les taux de chômage ne sont pas uniformes. La Capitale-Nationale, l'Outaouais et l'Abitibi sont moins touchées. La mobilité, quand c'est possible, peut faire une vraie différence.
Et la suite?
La Banque du Canada rend sa prochaine décision sur les taux d'intérêt le 18 mars. Selon l'équipe de Desjardins, une baisse de taux n'est pas attendue à court terme, malgré les données d'emploi. Les prix élevés du pétrole, portés par la situation géopolitique au Moyen-Orient, favorisent l'économie albertaine et saskatchewanaise, ce qui incite la Banque à la prudence.
Le mois de mars nous dira si février était un choc ponctuel ou le début d'une tendance. Les prochaines données de l'Enquête sur la population active seront publiées le 10 avril 2026.
D'ici là, le marché du travail québécois reste actif. Des postes se créent chaque jour. Si vous êtes en recherche, consultez les offres d'emploi disponibles au Québec sur JobQC.com.